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Entretien avec Juliana Scavuzzi, Environnement, ACI World

Mme Juliana Scavuzzi, Cadre supérieur, Environnement pour le Conseil international des aéroports – ACI World.

« Depuis un certain temps, la neutralité est l’objectif ultime pour les aéroports. »

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Juliana Scavuzzi, ACI WorldLe Comité permanent de l’environnement mondial (WEnSC) élabore les politiques de l’ACI sur les questions environnementales concernant l’aviation mondiale. Quelles sont les principales initiatives environnementales de l’ACI pour promouvoir l’aviation et un plus grand nombre d’aéroports durables ?

De fait, le WEnSC soutient la mise en œuvre des politiques de l’ACI et le partage des meilleures pratiques qui permettent aux membres de développer davantage leur gestion de la durabilité de l’environnement. L’ACI dispose de plus de plusieurs programmes et services destinés à aider ses membres dans leur gestion de l’environnement, qui les aideront également à travailler en collaboration avec l’ensemble du secteur pour atteindre leurs objectifs.

L’ACI offre gratuitement aux aéroports l’ACERT (Airport Carbon Emission Reporting), son outil de génération de rapports sur les émissions de carbone destiné aux aéroports (v.5.1), afin de les assister dans la mesure et la gestion de leurs émissions de CO2 et celles de leurs tiers au sein de la structure. Conçu à l’origine par Transport Canada, l’outil peut être utilisé dans tous les aéroports, même s’ils ne disposent pas d’un personnel expert en environnement. De plus, les résultats de l’ACERT peuvent ensuite être utilisés comme base pour la candidature au programme d’accréditation carbone des aéroports (Airport Carbon Accreditation – ACA) mais aussi pour soutenir l’engagement auprès d’autres parties prenantes.

L’ACI dispose d’un autre outil, le Simulateur de systèmes d’énergie au sol pour les aéroports (Airport Ground Energy Systems Simulator – AGES-S), qui permet de mesurer les avantages environnementaux et économiques d’une utilisation moindre des groupes auxiliaires de puissance des avions, en les remplaçant par un système énergétique au sol plus efficace. L’outil a été conçu par l’aéroport de Zurich pour permettre aux membres de l’ACI de créer des dossiers commerciaux visant un investissement dans l’AGES-S.

Nous proposons également toute une série de documents d’orientation, consultable sur notre site de publications. On y trouve notamment le document « Combatting Illegal Wildlife Trade, Airports’ Resilience and Adaptation to Changing Climate, ACI and CANSO’s Managing the Impacts of Aviation Noise: A Guide for Airport Operators and Air Navigation Service Providers, and Guidance Manual: Airport Greenhouse Gas Emissions Management » (Lutte contre le commerce illégal d’espèces sauvages, résilience et adaptation des aéroports au changement climatique, gestion des impacts du bruit lié à l’aviation de l’ACI et CANSO ; un guide pour les exploitants d’aéroports et les fournisseurs de services de navigation aérienne, et manuel d’orientation ; gestion des émissions de gaz à effet de serre dans les aéroports).

Et, enfin, si nous voulons combattre les problèmes environnementaux en tant que secteur, nous devons investir dans la force du travail, plus particulièrement dans la formation. Les programmes de formation de l’ACI abordent divers sujets sur les aéroports, comme la gestion du carbone, de l’énergie et de l’environnement. Nous proposons également une formation sur l’environnement par le biais du programme « ACI Developing Nations Assistance Training » (Programme de formation à l’assistance aux pays en développement de l’ACI), conforme au programme de l’OACI « No Country Left Behind » (Aucun pays laissé de côté), dont le but est de soutenir les aéroports membres dans les pays en développement.

Nous inspirant de la réussite des programmes de l’APEX (ACI Airport Excellence) en matière de sûreté et de sécurité, nous avons prévu de lancer le programme APEX pour l’environnement en 2020. Des projets pilotes ont été menés depuis 2018. Le programme est conçu comme un processus volontaire d’examen par les pairs qui permettra aux aéroports participants de respecter les meilleures pratiques de l’ACI ainsi que les orientations et recommandations de l’OACI. Un groupe de travail de spécialistes du Comité a été créé pour soutenir le développement du programme.

 

De quelle façon le changement climatique influencera-t-il notre manière d’utiliser les aéroports à l’avenir ?

Cela dépendra de la capacité et de la rapidité avec lesquelles le monde et toutes les industries, pas seulement l’aviation, seront en mesure de réduire leur empreinte carbone, promouvoir la gestion de l’environnement et travailler pour mieux résister aux impacts du changement climatique. Il faudra sûrement envisager des moyens de transport plus durables.

Les aéroports seront conçus de manière plus écologique et emploieront de plus en plus de sources d’énergies renouvelables, des carburants durables pour leurs véhicules et des équipements électriques d’assistance au sol. Ils réduiront de plus en plus les temps de roulage et de rotation des avions et fourniront des sources d’énergie plus efficaces pour réduire l’utilisation des groupes auxiliaires de puissance lorsque l’avion a atteint sa porte. Les infrastructures et les opérations aéroportuaires seront conçues et mises en œuvre de manière à résister efficacement aux impacts potentiels du changement climatique et à reprendre rapidement leurs activités en cas d’événements météorologiques extrêmes. Des modèles de continuité des activités seront mis en place pour garantir l’efficacité.

Une bonne coopération entre les parties prenantes sera essentielle pour offrir une mobilité internationale plus durable et plus forte à nos passagers ; l’intégration entre différents moyens de transport, plus efficaces, deviendra plus courante. L’utilisation de carburants durables dans l’aviation (SAF), bien sûr, devrait changer la donne pour les compagnies aériennes et les passagers. Le fait de travailler en étroite collaboration avec les compagnies aériennes et les autres parties prenantes pour fournir des carburants durables dans les aéroports est un moyen pour eux de soutenir leur déploiement commercial. Enfin, sur le long terme, nous espérons que les aéronefs électriques ouvriront la voie pour un avenir plus durable du secteur.

 

Actuellement, les aéroports prennent-ils en compte l’impact potentiel du changement climatique sur leurs infrastructures et leurs plans directeurs incluent-t-ils des mesures spécifiques ?

Je pense que la tendance monte, car le monde entier commence à considérer le changement climatique comme une priorité. La majorité des infrastructures aéroportuaires ont été conçues et construites à une époque où les variations climatiques n’étaient pas observées comme elles le sont aujourd’hui et où il existait peu de mesures d’adaptation. Cependant, avec un plus grand nombre d’études montrant les avantages économiques et financiers des mesures préventives, la résolution de l’ACI 3/2018, qui encourage les aéroports à prendre des mesures de résilience et d’adaptation face au changement climatique, recommande aux aéroports de prendre en considération l’impact potentiel du changement climatique lors de l’élaboration de leurs plans directeurs, de procéder à des évaluations des risques et d’élaborer et d’intégrer des mesures fondées sur leurs évaluations des risques et de leur gravité.

La politique générale de l’ACI, « Résilience et adaptation climatique dans les aéroports », présente une matrice des facteurs de stress climatiques et de leur impact potentiel sur les infrastructures et les opérations. De plus, elle offre une base de données constituée d’exemples pratiques et d’études de cas dans des aéroports ayant déjà commencé à travailler sur la question.

Par ailleurs, l’ACI a lancé une enquête sur la résilience et l’adaptation climatique auprès de tous ses membres. Plus de 120 réponses ont été obtenues et environ 250 aéroports ont pris part à cette enquête. Les résultats sont actuellement en cours d’analyse et devraient permettre à l’ACI de définir les prochaines étapes pour soutenir ses membres.

Enfin, l’ACI a activement soutenu les travaux du Comité de la protection de l’environnement en aviation (CAEP) de l’OACI sur la résilience et l’adaptation. Une synthèse, présentée par le CAEP, devrait être publiée cette année.

 

Le programme Airport Carbon Accreditation a été lancé il y a un peu plus de dix ans. Quelle a été son influence sur les aéroports et quels progrès ont permis de diminuer, voire neutraliser leur empreinte carbone ?

De fait, en 2019, nous avons célébré le dixième anniversaire du programme ACA. Il a connu un grand succès dès son lancement ; il s’agissait au départ d’une initiative visant les aéroports européens les plus progressistes et c’est devenu une norme mondiale de gestion du carbone. En janvier 2019, l’ACA concernait 296 aéroports agréés dans 70 pays à travers le monde, ce qui représentait près de 43 % du trafic aérien mondial.

L’ACA permet aux aéroports de réduire leurs émissions de CO2 et celles de tiers de différentes manières, notamment en augmentant l’utilisation d’énergies renouvelables et en travaillant avec les exploitants de compagnies aériennes et de la gestion du trafic aérien afin de réduire les temps de roulage des avions, et en soutenant des procédures de décollage et d’atterrissage plus efficaces sur le plan environnemental. L’accent est mis sur le fait que les aéroports doivent réduire leurs propres besoins en énergie et sur la nécessité de collaborer avec les compagnies aériennes, la gestion du trafic aérien et les autres parties prenantes au sein de l’aéroport et aux alentours, afin de réduire leurs émissions. Enfin, les aéroports peuvent utiliser des crédits de carbone de haute qualité pour compenser leurs émissions restantes et devenir ainsi neutres en carbone. Au mois de janvier, l’ACA a dénombré 62 aéroports neutres en carbone.

 

Pouvez-vous nous en dire plus sur les travaux de l’ACI en matière de collecte de données sur la résilience et les défis d’adaptation des aéroports, afin de mieux éclairer les orientations et le travail de l’organisation par le biais du Comité permanent mondial de l’environnement de l’ACI ?

Comme nous l’avons déjà souligné, l’enquête sur l’adaptation de l’ACI est une nouvelle initiative que nous attendons avec impatience. L’enquête comprend des questions sur l’impact du climat, une évaluation de la vulnérabilité, des divulgations d’ordre financier, des primes d’assurance et le renforcement des capacités. Les données sont en cours d’analyse et nous espérons en publier les résultats cette année.

 

Vous êtes également observatrice de l’ACI auprès du Comité de l’OACI pour la protection de l’environnement en aviation (CAEP). Quelles sont les mesures mondiales récentes établies par ce Comité pour répondre à l’impact de l’aviation sur l’environnement ?

Il en existe plusieurs. Le CAEP a achevé avec succès son dernier cycle en 2019, avec des initiatives sur l’adaptation, les particules non volatiles, la navigation basée sur la performance (PBN), l’engagement communautaire, la collecte électronique de la boîte à outils Eco Airport Toolit E-Collection et le système de compensation et de réduction du carbone pour l’aviation internationale (CORSIA), entre autres.

Parmi les mesures récentes mises en œuvre par le CAEP, on peut citer CORSIA, conçu et approuvé pour combler l’écart en vue d’une croissance neutre en carbone à partir de 2020. Une des principales raisons pour lesquelles CORSIA a reçu un soutien massif de la part du secteur est le fait qu’il évite toute une mosaïque de mesures. Il aurait été extrêmement difficile (voire impossible) pour les compagnies aériennes de se conformer aux différents régimes en vigueur dans le monde et l’on aurait dû affronter des distorsions du marché si des régimes différents avaient été introduits. CORSIA a été un excellent exemple de coopération et de leadership du secteur.

Le développement majeur le plus récent a été la décision, lors de la dernière assemblée triennale de l’OACI, d’accorder la priorité à un objectif à long terme ambitieux pour l’aviation internationale et ce, suite à une publication présentée par l’ATAG à l’Assemblée de la part du secteur (y compris l’ACI), qui encourageait le caractère prioritaire de ces travaux.

Au cours des dernières années, les développements scientifiques et politiques, et en particulier l’adoption des Accords de Paris et le rapport spécial du GIEC de 2018, incitent tout un chacun à lutter encore plus contre le changement climatique.

Depuis un certain temps, la neutralité est l’objectif ultime pour les aéroports. Nous commençons maintenant à aller plus loin, avec l’engagement zéro émission de l’ACI en Europe et la nouvelle étude de l’ACI World qui envisagera un objectif mondial de zéro émission. Pour en arriver à zéro émission, il faudra que les aéroports puissent au moins disposer de sources d’énergies renouvelables, de véhicules et d’équipements d’assistance au sol plus efficaces. Nous nous réjouissons donc de contribuer aux travaux de l’OACI par tous les moyens dont nous disposons, en particulier par notre rôle d’observateur au sein du CAEP.

 

Photovoltaic panels near the airport

 

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