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Le fantôme des cieux

José Luis Periañez

José Luis Periañez

AERTEC / Aerospace engineering

Chaque étape franchie de l’histoire de l’aéronautique a jalonné l’évolution de cet aéronef. Mais comment qualifier le succès d’un avion qui a réussi toutes ses missions, sans exister ? On pourrait même utiliser le terme presque obsolète d’OVNI (objet volant non identifié).

Incarner un fantôme capable de renverser le cours d’une guerre, telle a été l’ambition de toutes les armées depuis la fin du XXe siècle. Chacun sait que la plupart des progrès technologiques dans le domaine de l’aéronautique sont traditionnellement liés à des conflits armés, et il en a été de même cette fois-ci.

Le F-117 Nighthawk était un avion unique en son genre. Sa seule défense consistait à passer inaperçu auprès des radars, en survolant en solitaire et furtivement des territoires hostiles.

Mais avant de lever le voile sur ce fantôme, encore faut-il comprendre ce que doit impérativement permettre un aéroplane pour remplir cette condition. Pour entrer dans le vif du sujet, sachez que cette technologie est connue dans le monde de l’aviation sous le nom de « stealth », ou sous son homonyme français, « discret » ou « invisible », le mot « furtif » étant toutefois le plus couramment utilisé. Mais concrètement, qu’est-ce que cela signifierait ? Essentiellement, qu’il est indétectable par les radars. Autrement dit, les ondes radar ne détecteraient pas l’objet. La surface doit donc être facettée pour dévier ou adsorber l’onde. En d’autres termes, il faut supprimer des parties du polygone sans ajouter de nouveaux sommets.

Fait intéressant, c’est un chercheur soviétique qui est à l’origine de la théorie de développement de ce modèle d’aéronef. Il était connu que les radars peinaient à localiser des objets aux surfaces à facettes. Appliquer ce principe à un aéronef, où l’aérodynamisme est essentiel à la stabilité du vol, a posé un problème. En outre, non seulement l’avion devait être indétectable, mais aussi l’ensemble de sa cargaison. Une soute interne a donc été conçue pour les bombes et les missiles. Les prises d’air des moteurs ont également dû être recouvertes d’un treillis spécial pour réfléchir les ondes et réduire la détection infrarouge. Parallèlement, les différentes trappes (cockpit, train d’atterrissage et soute) ont dû être réalisées en dents de scie pour conserver le motif. À cela s’est ajoutée l’utilisation d’une peinture qui absorbe les ondes radar. Pour finir, l’avion ne disposait pas de radar, pour améliorer la furtivité de l’appareil en évitant les émissions électromagnétiques.

Un des problèmes initiaux était la conception d’un design à facettes. La science a mis en évidence un réel problème pour le projet, car le vol d’un aéronef ayant cette géométrie serait instable. Pour y remédier, l’une des mesures mises en place a consisté à remplacer le système de commandes de vol manuelles par une interface électronique, connue sous le nom de « Fly-by-wire » (commande de vol par câble). Cette contribution a permis un meilleur contrôle, une plus grande manœuvrabilité et, par conséquent, une réduction de l’instabilité en corrigeant automatiquement certains paramètres de vol. La sécurité de l’avion s’en est trouvée considérablement améliorée.

Le Lockheed F-117 Nighthawk est resté dès le départ un parfait inconnu, même au sein du pays qui l’a produit. Très peu de membres de l’USAF (Force aérienne des États-Unis) connaissaient l’existence de cet aéronef. En effet, les pilotes choisis pour piloter cet avion étaient rares, car ils totalisaient un nombre d’heures de vol très élevé. Cet aéronef a pris son envol au début des années 1980, mais il est resté totalement inconnu jusqu’à la fin des années 1990. Ses caractéristiques les plus évidentes étaient son vol furtif et sa couleur noire caractéristique. Afin de garder sa technologie secrète, les missions impliquant cet avion se déroulaient presque toujours de nuit. Il est ainsi devenu invisible non seulement pour les radars, mais aussi à l’œil nu. Un véritable fantôme volant.

Sa principale mission consistait à franchir les lignes ennemies sans être détecté, en vue de saper les systèmes défensifs stratégiques adverses. Son usage était principalement destiné à l’attaque de positions terrestres. Il ne participait pas aux combats aériens, son vol invisible lui permettant d’éviter toute confrontation. De fait, un seul de ces appareils a été perdu lors d’un conflit, à savoir lors de la guerre du Kosovo. Malgré cela, son efficacité n’a jamais été mise en doute. Ses capacités lui ont valu une confiance grandissante au fil du temps, car il est sorti indemne d’innombrables succès dans divers conflits.

Bien que le succès du projet ait été indéniable, l’USAF a été contrainte de le fermer officiellement en 2008, invoquant des coûts de maintenance élevés et la nécessité d’actualiser la flotte avec de nouveaux modèles, tels que le F-22 ou le F-35. Cependant, comme à ses débuts, il semblerait qu’il opère toujours en secret, puisqu’il existe des unités actives pour des opérations de test. Bien qu’il s’agisse d’un chasseur de première génération et qu’il ait été remplacé par des chasseurs de cinquième et sixième génération beaucoup plus performants, sa mise hors service dans l’armée américaine a entraîné une diminution des frappes aériennes stratégiques. Et il est important d’insister sur ce dernier mot, la stratégie. Toutes ses missions avaient pour objectif de pénétrer le terrain ennemi afin de protéger l’incursion d’autres unités militaires.

Toutefois, parler spécifiquement au XXIe siècle de la technologie des avions furtifs reviendrait à parler du passé, car la grande majorité des avions modernes sont dotés d’outils permettant de passer inaperçus. Cependant, devenir littéralement indétectable, comme l’était le F-117 au cours de la dernière décennie du XXe siècle, n’est pas considéré comme possible en raison des progrès technologiques.

Néanmoins, le concept d’aéronef furtif englobe davantage de concepts, de nouvelles technologies et une plus grande efficacité globale en matière de lutte contre la détection. En effet, le développement d’aéronefs plus discrets s’est poursuivi, en vue d’accroître leur opérabilité stratégique. C’est le cas du nouveau B-21 Raider, le dernier fleuron de l’USAF, considéré comme l’avion le plus sophistiqué au monde. En effet, ce ne sont pas seulement les ondes radar qui seraient importantes pour la détection d’un aéronef, mais aussi d’autres aspects clés tels que la chaleur et le bruit des moteurs, un domaine témoin de progrès significatifs.

Parallèlement, il faut s’attendre à ce que cela ait également un impact significatif sur le développement de l’aéronautique civile. Bien qu’il s’agisse d’un projet militaire, une grande partie de la technologie utilisée dans les avions commerciaux provient de l’industrie militaire. La réduction de la pollution est en effet l’un des principaux piliers de l’industrie aéronautique pour la prochaine décennie, le bruit étant également un moyen de polluer et d’influencer l’environnement qui nous entoure, en plus de la déjà célèbre réduction de l’empreinte carbone.

Qu’on le veuille ou non, le développement de la technologie militaire a constitué à ce jour une percée dans tous les types d’industrie, y compris l’aéronautique. Nous avons mis au point des moteurs plus efficaces et plus silencieux, des structures plus solides et plus légères, des méthodes d’entretien plus efficaces, des chaînes d’approvisionnement mieux organisées et bien d’autres améliorations. Une grande partie de l’industrie soutient que cette forme de développement est plus rapide que la méthode traditionnelle, en particulier en raison du budget et du temps nécessaires pour répondre à un problème technologique.

 

F117

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