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Un nouveau concept : les véhicules aériens personnels

Manuel Castellanos

Manuel Castellanos

AERTEC Solutions / Aerospace Industry

 

Nous avons tous imaginé, à un moment donné, le transport des personnes dans le futur. Nous avons presque toujours envisagé des voitures volantes et nous avons eu l’espoir de les voir un jour ailleurs que sur grand écran, comme c’est le cas jusqu’à présent. L’idée de voler avec son propre véhicule a enchanté l’humanité pendant des décennies et plusieurs essais se sont rapprochés de cet objectif.

Les progrès du secteur aéronautique nous rapprochent de plus en plus de cette possibilité et il suffit de revoir l’évolution de cette industrie pour constater comment la science-fiction s’est transformée en réalité. Notre imagination est exacerbée, mais ce que l’on ne sait pas toujours, c’est que l’histoire « aéromobile » contient quantité d’idées ambitieuses, de concepts et même d’essais réels sur prototypes.

Au XXIe siècle, les progrès de l’aéronautique ont permis d’innover encore plus que jamais, à l’aide de différentes conceptions, de nouveaux matériaux ou de nouveaux systèmes de propulsion ou de portance.

Dans l’histoire de cette « course à l’ingéniosité », il existe un grand nombre de machines fabriquées en vue de se démarquer. Le premier essai date de plus d’un siècle : il s’agit du Curtiss Autoplane, en 1917, de l’aviateur américain Glen Curtiss, même s’il n’existe aucune preuve de vol. En 1921, le français René Tampier a réussi à faire voler un prototype auquel il a donné son nom. Ces modèles ressemblaient à des biplans dotés d’un système d’hélices pour leur propulsion sur terre et ils constituaient de vrais dangers sur la route. C’est ainsi que tout a commencé.

De nouveaux modèles sont apparus tout au long du XXe siècle. Certains inventeurs ont adapté des pièces aéronautiques à des voitures, comme ce fut le cas en 1942 pour le Hafner Rotabuggy, un véhicule hybride, entre Jeep et hélicoptère. Des innovations similaires ont consisté à adapter les ailes et la queue d’un avion à une voiture, qui faisait office de fuselage, comme dans le cas en 1947 du Convair Model 118, de l’entreprise Consolidated Vultee Aircraft Company et de l’Ave Mizar, créé par Advanced Vehicle Engineers en 1973. Ces deux derniers prototypes connurent des expériences traumatisantes au cours de certains de leurs vols d’essai.

D’autres inventeurs ont préféré travailler sur une tendance entièrement différente, en construisant des machines ressemblant à des soucoupes volantes, comme dans le cas de l’Avrocar, qui fut présenté en 1958 par l’entreprise Avro Canada, ainsi que certaines versions du MX de Paul Moller, à partir de 1965. Tous ces modèles avaient en commun leurs faibles performances et des difficultés en matière de poussée et de stabilité.

Au XXIe siècle, la conception a été modifiée, mais l’intention est restée la même. Les progrès de l’aéronautique ont permis d’innover encore plus que jamais, à l’aide de différentes conceptions, de nouveaux matériaux ou de nouveaux systèmes de propulsion ou de portance. On a vu apparaître de petits appareils, semblables à de petits avions, aux ailes repliées et à traction sur roues, comme les versions de l’Aeromobil ou du Terrafugia Transition, et jusqu’à des engins semblables à des hélicoptères, à technologie VTOL (1), comme le Pal V One. On a également continué à adapter des ailes à des voitures, comme dans le cas du Panoz Esperante, en 2006. Les périodes d’essai réussies de toutes ces propositions montrent résolument que l’on se rapproche de plus en plus du rêve tant attendu.

Nous ne mentionnerons pas ici les nombreuses propositions qui ont vu le jour à partir des drones, car elles divergent du concept de « voitures volantes » et ne sont pas en mesure de circuler sur la route.

Nous réussissons aujourd’hui à associer avec précision aéronautique et automobile, dans le but de créer des prototypes spectaculaires. Concentrons-nous sur l’un d’entre eux, dont la conception et les prestations dépassent tout ce que l’on a vu jusqu’à présent ; il a été présenté au cours du salon de l’automobile de Genève cette année. Il s’agit du prototype d’un hybride voiture-drone, nommé « Pop Up System », capable de rouler comme n’importe quel autre véhicule terrestre et de voler, décoller et atterrir à la verticale. Il paraît sortir tout droit d’un film, mais il s’agit d’une réalité, développée par le département Urban Air Mobility d’AIRBUS, aux côtés d’Italdesign. Les deux entreprises ont coopéré pour inventer le futur et nous permettre de concevoir une nouvelle idée du transport.

Ce prototype est formé d’une plateforme à batterie autonome qui lui permet de rouler sur route, sur laquelle est adapté un habitacle, lui-même muni d’une batterie individuelle et qui peut accueillir deux personnes, sur lequel est adapté un drone indépendant à huit rotors et quatre moteurs, alimentés par une troisième batterie. Le plus fascinant est que ce véhicule est prévu pour être piloté automatiquement, par intelligence artificielle, qu’il est entièrement électrique et que ses batteries sont prévues pour échanger leur énergie en fonction des besoins du véhicule. Il possède une autonomie de 130 km en fonction automobile, à laquelle s’ajoutent 100 km de vol ; d’après AIRBUS, les batteries pourront être rechargées en 15 minutes seulement.

Il s’agit d’une nouvelle étape, d’un bond en avant conceptuel par rapport aux essais précédents. Dans cette nouvelle génération, le jouet proposé par Airbus rivalise avec le Pal V Liberty, qui devrait être présenté cette année, avec le Terrafugia TF-X, prévu pour 2021, ainsi qu’avec le mystérieux Zee Aero, que l’on a pu apercevoir en 2013, tous concurrents directs sur ce marché.

Nous sommes peut-être simplement en présence d’une autre « première voiture volante », mais le fait est que nous nous approchons de plus en plus du moment où nous pourrons nous garer sur notre propre toit. Le seul fait d’imaginer cela peut provoquer certaines inquiétudes. D’un point de vue technologique, nous y sommes préparés, même s’il nous reste à optimiser les batteries et à améliorer les systèmes d’intelligence artificielle, en plus d’investir dans des infrastructures d’aide à la viabilité du nouveau concept.

En ce qui concerne la réglementation et la législation, les tâches ne sont pas aisées. Le fait d’accepter l’utilisation de ces véhicules exigera une remise en cause profonde de nombreux thèmes sur la navigation aérienne, en particulier dans les zones urbaines. Le partage de l’espace aérien par de nombreux véhicules suppose lui aussi le besoin de réguler des systèmes de contrôle des différentes voies de transport, leur définition et leur interaction avec les structures existantes. Il faut prendre en compte le fait qu’il s’agit de véhicules hybrides qui peuvent à tout moment passer d’un mode terrestre à un mode aérien et vice versa.

Ce sont les raisons pour lesquelles il y aurait beaucoup de sujets de débat quant au bien-être et à la sécurité absolue de tous les utilisateurs et non utilisateurs de ce nouveau système de transport. Il faudrait également définir les compétences de régulation au cas par cas et à chaque échelle, car les opérations aériennes se concentreraient non seulement dans des environnements ponctuels, comme dans les aéroports et leurs voies aériennes correspondantes, mais aussi en environnement urbain et extra urbain.

En ce qui concerne l’acceptation du public, le changement serait également significatif. Ce mode de transport exigerait une série de paramètres à la fois attrayants et novateurs : sans pollution, sans embouteillages, à la demande, plus rapide et plus personnalisé. Le point faible serait l’insécurité provoquée par ce nouveau concept. Nous ne sommes pas habitués à ce que la machine prenne le contrôle et il sera difficile de l’accepter, même si nous avons tous en tête des images de fiction où dans les villes de nombreux véhicules volants personnels s’entrecroisent.

Dans tous les cas, au vu de l’étape atteinte, il est temps maintenant d’arrêter de rêver ; nous devons nous réveiller et accepter le fait que nous en sommes plus proches que jamais.

(1) L’acronyme VTOL correspond à l’anglais « Vertical Take-Off and Landing » (décollage et atterrissage à la verticale).

 

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